Un Voyage
de
dans l'esprit
Watts
par Thomas Pynchon ¤
traduction de Brice Matthieussent
Thomas Pynchon aurait été retrouvé. La nouvelle est d'importance. Elle a fait la Une de l'hebdomadaire New York, qui publia dans son édition du 11 novembre la photo (prise de dos) d'un homme se promenant avec son fils sur une avenue de Manhattan. Chaussures de marche, jean, sac en bandoulière, chapeau texan... on dirait la silhouette de macadam cowboy. Selon le journal, Pynchon a les cheveux gris et longs, et porte des lunettes derrière lesquelles on devine des yeux bleus. Bien entendu, aucune interview ne vient étayer ce scoop. Et pour cause. Thomas Pynchon est un drôle de fantôme. Il s'est retiré de la vie publique à l'âge de 26 ans lorsqu'on publia son premier roman en 1963. Depuis, l'écrivain cultive la discrétion avec un rare bonheur, allant même jusqu'à se faire représenter par un acteur lors de la remise du National Book Award (le Goncourt américain) pour l'Arc-en-ciel de la gravité en 1973. Aucune photo, aucune interview. Le mythe prend forme et les spéculations vont bon train. D'aucuns prétendent qu'il n'a jamais existé, que ses écrits sont l'uvre de J.D. Salinger, une autre tombe. D'autres l'ont associé aux délires d'Unabomber. On le croit partout, on ne le voit nulle part. Il est pourtant un endroit où le fantôme Pynchon a bien dû errer. C'était en 1966, à Los Angeles, un an après les terribles émeutes de Watts.
Pour preuve, ce reportage publié dans le New York Times Magazine en 1966 et confié au Chroniqueur par Brice Matthieussent. Fidèle à sa légende, Pynchon a clairement choisi son camp, celui des opprimés et des laissés-pour-compte, celui des ghettos noirs nichés sous les échangeurs d'autoroutes qui mènent aux sun lights de Beverly Hills. Trente ans plus tard, son diagnostic reste d'une actualité brûlante.
François Hême