Pétillon
Pétillon

Grand Angle


1997 : La Corse


indépendante ?

Nous sommes en 1996 après Jésus-Christ. Toute la Gaule est occupée par les Français... Toute ? Non ! Une petite île peuplée d'irréductibles Corses résiste encore et toujours à l'envahisseur. Et la vie n'est pas facile pour les garnisons de gendarmes français des camps retranchés d'Ajaccio, Bonifacio, Porto-Vecchio, Bastia et Calvi... Longtemps, la Corse ne me sembla qu'une contrée mythologique peuplée de petits bouts de femmes rabougries ­ toutes de noires vêtues ­ rasant les murs de leurs ancestraux villages, de jeunes gens encagoulés faisant pêter ici ou là quelques gros mammouths sans que cela ne fasse sourciller les papets moustachus vissés à leur tabouret sur la terrasse du bar comme les genêts qui tapissent le maquis... Bref, une image d'épinal à laquelle faisait écho celle, poussiéreuse, de nos livres d'histoire, où l'on voyait un certain Buonaparte orchestrer une magistrale bataille de boules de neige dans la cour du collège militaire de Brienne... Une image évanescente, jusqu'à cette mythique année 1977, où l'on découvrit une horde de footballeurs corses semant la terreur sur tout le continent européen au cri de « Forza Bastia » ... Un cliché folklorique jusqu'au printemps dernier, où l'on entendit l'oracle des Gaules, alias Raymond Barre, se demander d'une voix bonhomme s'il ne faudrait pas un jour envisager concrètement la question de l'indépendance corse. Ce cogito barriste fit autrement plus de bruit que la bombe qui pertuba le sommeil satisfait des notables bordelais. « Corsica independente » ? La question n'était pas si saugrenue. Et si, à l'instar d'Hong-Kong, la Corse changeait de statut en 1997 ? Les réactions épidermiques de cinq intellectuels qui ont accepté de jouer le jeu.

François Hême


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Contacts© Le Chroniqueur, n°2, Novembre 1996, Paris.