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Robert Frank
en cabane

Robert Frank, Pace, Wildenstein, MacGill
Robert Frank, Pace, Wildenstein, MacGill



Nous sommes en 1955. Les États-Unis baignent en plein Mac Carthysme. La chasse aux rouges est ouverte. Un petit immigré suisse fraîchement débarqué entreprend de réaliser un immense reportage sur « L'Amérik » glorieuse de l'après guerre. Au volant d'une vieille voiture d'occasion gracieusement fournie par Peggy Guggenheim, Robert Frank parcourra entre 1955 et 1958 quelques 48 états, captant avec son Leica « le jus bien cuit de l'espèce humaine ».

Fruits de ce périple : près de vingt mille négatifs et une centaine de clichés réunis sous le titre de « The Américans » ­ album culte de la Beat Génération. Le photographe suisse devenait le photographe des américains.

Dans son autobiographie, Robert Frank évoque cette période d'une façon lapidaire : «1955. Je traverse les États. Pendant un an. 500 rouleaux de film. Je vais dans les bureaux de poste, les Woolworths, les magasins à 10 cents, les gares routières. Je dors dans des petits hôtels pas chers. Vers 7 heures du matin, je vais au bar du coin. Je travaille tout le temps. Je parle peu. J'essaye de ne pas être vu.
Un jour dans l'Arkansas, les flics m'arrêtent :
­ Qu'est-ce que vous faites là ?
­ Je suis un boursier Guggenheim.
­ C'est qui, Guggenheim ? ...
J'ai passé trois jours en prison. L'angoisse.»

Un fait divers comme un autre, hormis la présence de Robert Frank comme victime principale. Le pauvre homme illustrait à son corps défendant cette réalité triste et banale du quotidien qui fit l'essence de son travail photographique. Le Chroniqueur revient sur cette « tranche de vie » à travers trois documents inédits où l'on redécouvre l'artiste au summum de la « parano ». Ecce homo.

François Hême


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Contacts© Le Chroniqueur, n°2, Novembre 1996, Paris.