« APRÈS
un coup sur la tête, la stupeur, ou le délire sont de mauvais
signes », dit un aphorisme d'Hippocrate. Quelques siècles plus tard,
la médecine redécouvre la justesse de ces propos. En état
de choc, elle se remet difficilement de l'opération menée par les
membres (groupe de médecins, d'experts et de syndicalistes de la
profession), à l'origine des RMO.
Issues d'une longue réflexion ministérielle, ces
Recommandations Médicales Opposables violent le corps de la médecine
et la médecine se rebiffe. Elle ne se sent pas les qualités
d'acrobate nécessaires pour se pencher, à la fois au chevet du déficit
de la Sécurité Sociale et à celui de ses patients.
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Daphné
Dejay |
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«Je passerai ma vie et
j'exercerai mon art dans l'innocence et la pureté.» Extrait du
Serment d'Hippocrate. |
Pourtant, les Recommandations Médicales Opposables sont formelles. Désormais,
les prescriptions médicales devront être à double effet,
soigner la chair et les chiffres. Car la médecine a un coût et nul
n'est censé l'ignorer. Les RMO sont à suivre. Couvrant tous les
cas de figure, elles conseillent vivement aux médecins en exercice de
prescrire à leurs patients les médicaments les moins coûteux
à la collectivité. En quelque sorte, un code de la route de la médecine,
avec PV en cas de dépassement de la vitesse autorisée. Ainsi, les
priorités changent, et la médecine roule au pas, sur l'air d'une
caisse enregistreuse faisant le bilan de notre bilan de santé au
juste prix.
Cette nouvelle réglementation ne se veut pas restrictive. Il ne
s'agit que de recommandations. Le médecin reste libre de ses choix,
pourvu qu'il n'oublie pas de joindre les pièces justificatives en cas de
prescriptions contraire à ces nouvelles normes qui, en un tour de main,
le dépossèdent de son métier. Remettons-nous donc entre les
mains expertes des RMostes qui nous proposent une médecine à la
carte.